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Gourgaud

     
 

     
 

Gourgaud (Gaspard), est né à Versailles le 14 novembre 1783. Il était fils d’un musicien de la chapelle du Roi et d’une « remueuse » du duc de Berry
Admis à l'école polytechnique en l'an 8 (23 septembre 1799), il passe en 1801 à l’Ecole d’artillerie de Chalons, d’où il sort le 23 septembre 1802, comme lieutenant en second au 7e régiment d’artillerie à pied, en garnison au camp de Boulogne. Le 18 août 1804, il passe au 6e régiment, et sert en qualité d’aide de camp du général Foucher.
Gourgaud prend part à la campagne de 1805 et se distingue à Ulm, à la prise de Vienne et à Austerlitz, où il est blessé.

Il assiste aux batailles d’Iéna et de Friedland ; il est décoré après Pultusk.

 
 
 

Nommé capitaine en second le 30 août 1808, il participe au siège de Saragosse, assiste aux journées d’Abensberg, d’Eckmühl, de Ratisbonne et de Wagram.
Employé à la manufacture d’armes de Versailles le 24 février 1810, il aurait, d’après "Victoires et Conquêtes", apporté plusieurs changements utiles aux armes à feu.
Au terme d’une mission à Dantzig, il s’acquitte de sa mission avec « tant de zèle et d’intelligence », qu’il est proposé à la place d’officier d’ordonnance de l’Empereur, et noté de la façon suivante :
« A de l’instruction et des talents, a bien fait la guerre, est en état de bien observer et de bien rendre ce qu’il a vu ; sait bien dessiner ; parle espagnol et allemand. »
Il est nommé en conséquence le 3 juillet 1811, et reçoit le 1er janvier 1812 une dotation de 2.000 francs.
Blessé à Smolensk (16 août 1812), il entre le premier au Kremlin, et découvre une mine qui menaçait de faire sauter l’Empereur et tout son état-major. Il est nommé baron d’Empire pour ce fait d’armes (3 octobre).
Il se distingue encore plusieurs fois pendant la retraite de Russie, notamment à la Bérézina, rivière qu’il traverse deux fois à la nage avant l’établissement des ponts, pour reconnaître la rive opposée.
Le 27 mars 1813, il est nommé chef d’escadron et premier officier d’ordonnance de l’Empereur, place créée spécialement pour lui. Un décret de ce jour porte :
« Il y aura près de nous un premier officier d’ordonnance du grade de chef d’escadrons. Il sera chargé de régler le service de nos officiers d’ordonnance, de signer les instructions à leur donner et de correspondre avec eux pour les missions qu’ils doivent remplir. »

« Napoléon, lit-on dans les Victoires et Conquêtes, appréciait surtout le coup d’œil militaire de cet officier ; aussi fut ce sur son rapport qu’il se détermina à changer le mouvement qu’il voulait faire sur Koenigstein, et à se porter rapidement au secours de Dresde, pour arrêter l’ennemi qui se portait en forces devant cette place ».
Le 29 janvier 1814, à Brienne, il aurait tué d’un coup de pistolet un cosaque qui s’était dangereusement approché de l’Empereur (L'historien Frédéric Masson écrit que ce fait est sujet à discussion).
Le 15 mars, Gourgaud est nommé colonel et reçoit la croix de commandant de la Légion d’honneur.
Le 14 avril, lors de la première abdication, l’Empereur congédie son premier officier d’ordonnance en lui écrivant : « J’ai été très satisfait de votre conduite et de vos services. Vous soutiendrez la bonne opinion que j’ai conçue de vous en servant le nouveau souverain de la France avec la même fidélité et le même dévouement que vous m’avez montrés. »
Le 1er novembre, Gourgaud est nommé chef de l’état-major de la 1re division militaire à Paris, ce qui le place dans une situation délicate lorsque Napoléon quitte l’île d’Elbe et rentre à Paris.
Gourgaud parvient néanmoins à se faire réintégrer dans ses fonctions, et suit à ce titre Napoléon dans la campagne de Belgique.
Revêtu de la confiance de l’Empereur, il sera un témoin capital de ces journées décisives.

Après Waterloo, Gourgaud suit l’Empereur à la Malmaison, puis à Rochefort, et parvient à être compris au nombre de ceux qui peuvent accompagner l’Empereur dans son exil (avec Bertrand, Montholon, et Las Cases). Il le sera avec le grade de général, fraîchement obtenu. D’après Victoires et Conquêtes, il aurait été nommé à ce grade à Fleurus, soit le 16 juin, et Antoine Guillois et le vicomte de Grouchy, dans leur préface du Journal de Gourgaud, indiquent la même date. Frédéric Masson donne une date plus tardive :
« Le 21, par un décret rendu in extremis, expédié seulement le 26 au ministre de la Guerre qui en donna avis à l’intéressé le 29, il fut nommé maréchal de camp. La date n’était point certaine : Bertrand, plus tard, donnait celle du 22, mais le 22, l’Empereur avait abdiqué ; on avait sans doute pris la précaution d’antidater le décret. »
Octave Aubry, cependant, écrit « Il est aide de camp de l’Empereur après la bataille de Fleurus ; sa nomination – la dernière qu’ait signée Napoléon – sera régularisée au retour de Waterloo. »
Gourgaud partagera dès lors la vie des proscrits, avec ses comédies et ses drames. Dès la traversée, il commencera à écrire sous la dictée de Napoléon. Les conversations porteront souvent sur la dernière campagne, et particulièrement sur la journée de Waterloo, que l’Empereur avoue ne pas comprendre.
Mais Gourgaud poursuivra également la rédaction de son journal dans lequel il notait fidèlement les événements petits et grands, et les paroles de son idole, des plus élevées aux plus triviales.
« On y retrouvera l’Empereur tel qu’il s’est montré dans sa correspondance, notent Guillois et Grouchy, avec tout son autoritarisme, sa brusque franchise, son honnêteté profonde qui lui faisait détester les agioteurs et les traîtres, et aussi avec son immense et lumineux génie ».
Les relations entre Gourgaud et les autres compagnons de la captivité seront vite tendues. Gourgaud fera preuve d’une jalousie maladive.
« Il est nerveux, inquiet, impatient, orgueilleux, susceptible, sans équilibre. (...) Il porte à Napoléon un véritable amour, avec les annexes ordinaires : fièvre et jalousie. » écrit Octave Aubry.
Mais il est probable que n’importe quel officier, placé dans les mêmes circonstances, aurait eu des difficultés à supporter les manèges de Las Cases ou des Montholon.

Après plusieurs crises de jalousie et une provocation en duel avec Montholon, Gourgaud décide de quitter Sainte-Hélène et le fait savoir au gouverneur, Hudson Lowe qui s’empresse d’accéder à sa demande. Aigri, Gourgaud raconte que l’Empereur n’est pas malade, qu’il songe à s’évader, et Frédéric Masson accuse Gourgaud d’être à l’origine du resserrement des conditions de captivité de l’Empereur.
Autorisé à débarquer le 8 mai 1818 à Plymouth, Gourgaud était dès le lendemain reçu par le sous-secrétaire d’Etat pour les colonies, et par l’ambassadeur de France et celui de Russie.

Gourgaud, à Londres, écrit des lettres à Marie-Louise et à l’empereur d’Autriche pour attirer leur attention sur la santé de Napoléon. Mais il fait également publier « la Campagne de 1815 », première ébauche de la bataille dictée par Napoléon et sur laquelle il croit avoir des droits.
Le gouvernement anglais le fait expulser, et il se retire à Hambourg. Il ne rentrera en France qu’en mars 1821. Gourgaud se fera encore remarquer en défendant farouchement Napoléon, notamment en publiant une réfutation de l’Histoire de la Grande Armée de Philippe de Ségur.
Après la révolution de 1830, Gourgaud sera fait aide de camp du roi, lieutenant général, et inspecteur général de l’artillerie.
En 1840, il prendra part à l’expédition qui, sur la Belle-Poule, va chercher à Sainte-Hélène les cendres de Napoléon pour les ramener en France.
Après la révolution de 1848, il sera député à l’Assemblée législative, et meurt à Paris le 25 juillet 1852.

 

Voir Journal de Gourgaud.

 

     
 


     

 

Biographie universelle ancienne et moderne (Michaud), tome 17 (1842) :

   
 

GOURGAUD (le général baron Gaspard) naquit à Versailles le 14 septembre 1783. Son père était un des musiciens de la chapelle du roi Louis XVI ; son oncle, Henri Gourgaud, plus connu sous le nom de Dugazon, excellait au théâtre dans les rôles de valets, et sa tante, madame Vest ris ou Paco-Vestris, née Gourgaud, ancienne élève de Lekain, jouait passablement la tragédie. La révolution ouvrit au jeune Gourgaud une autre carrière que celle où semblaient l'appeler ses traditions domestiques. Il entra à quinze ans à l'école polytechnique, d'où il passa ensuite à l'école d'artillerie de Chalons. Les études militaires, en ce temps-là, se menaient tambour battant. A dix-sept ans, après deux ans d'apprentissage, Gourgaud était lieutenant d'artillerie et professeur adjoint de fortification à l'école de Metz. Sans être un sujet hors ligne, c'était un sujet intelligent, souple, adroit, très-actif, capable assurément de faire une leçon, mais plus brillant en selle et plus solide que dans une chaire. En 1801, à dix-huit ans, il quitta Metz pour entrer avec son grade dans le 6e régiment d'artillerie à cheval, il fit avec ce régiment la campagne de Hanovre. Là il sut attirer l'attention du général d'artillerie Foucher, qui le choisit pour aide de camp (1803), et bientôt l'emmena bivouaquer avec lui au camp de Boulogne. C'est en 1805, dans la guerre contre l'Autriche, que le jeune officier, il n'avait encore que vingt-deux ans, commença à déployer son courage, qualité assez commune alors, mais utile, et qu'on ne lui a jamais contestée. Il servait dans le corps d'armée du maréchal Lannes, duc de Montebello, qui commandait l'avant-garde. Il se signala au pont de Taber, près de Vienne, et même à Austerlitz, où il fut blessé d'un éclat d'obus. Il n'obtint cependant aucune promotion. Nous le retrouvons en 1806, à l'ouverture de la campagne de Prusse, lieutenant d'artillerie, ayant déjà huit ans de grade, une blessure, plusieurs campagnes. Mais il n'était pas à l'âge où l'on se décourage. Il combattit très bravement à Saalfeld, et gagna la croix d'honneur à la bataille d'Iéna. L'an d'après, à Friedland (juin 1807), il fut enfin nommé capitaine. C'est en cette qualité qu'il parut sous les murs de Saragosse en 1808. Il y figurait dans le 3e corps, et son nom fut inscrit au bulletin d'une des plus chaudes journées de ce lamentable siège. Du fond de l'Aragon, il fut rappelé à l'armée du Nord, et prit part, à son rang, aux affaires d'Abensberg, d'Eckmülh-, de Ratisbonne. d'Ebersberg, d'Essling, de Wagram (campagne de 1809). On l'attacha pendant la paix à la manufacture d'armes de Versailles. Quelques perfectionnements à introduire dans la fabrication des lances et des fusils, le voisinage de Paris, l'envie de percer, l'amenaient et le ramenaient souvent dans les bureaux, dans le cabinet, dans les salons du ministre de la guerre. On ne gagne rien à se cacher. Ces visites lui furent plus utiles que ses états de services. Le ministre de la guerre l'envoya à Dantzig, ville prétendue libre, mais où les Français tenaient garnison. Le capitaine Gourgaud avait mission d'étudier avec soin l'état de cette place et les ressources qu'elle pouvait offrir en cas de guerre avec la Russie. Il devait, en outre, mais le plus secrètement possible, faire exécuter dans les arsenaux des ponts volants et des équipages de siège, de manière que tout fût prêt d'avance, au montent imprévu où l'on pourrait en avoir besoin. Il parait que Gourgaud s'acquitta assez bien de la tâche qu'on lui avait confiée, cela le mit en vue. A son retour, il devint un des officiers d'ordonnance de l'empereur (1811). Il l'accompagna en Hollande, et fut ensuite chargé d'aller inspecter les cotes et les places de l'Aunis et de la Saintonge. Après avoir visité Rochefort et la Rochelle, il parcourut les îles d'Aix, de Ré, d'Oléron, et reconnut par des sondages que la passe de Manusson, jusque-là réputée inabordable aux vaisseaux de guerre, avait besoin d'être gardée, il poussa la prudence jusqu'à demander qu'on éloignât de ce petit archipel, où ils étaient détenus, les réfractaires bretons, craignant qu'ils ne donnassent la main aux Anglais pour lés aider à débarquer. On fit droit à sa requête, et les rëfractaires, ramenés sur le continent, furent disperses dans plusieurs régiments. Le 1er janvier 1812, Gourgaud reçut le titre de chevalier de l'empire , titre auquel était joint un majorât de deux mille francs de rente. Parmi les officiers attachés à la personne de Napoléon, il était déjà un de ceux dont le service était le plus goûté. Aussi eut-il l'honneur très envié d'accompagner son maître au congrès de Dresde. Il le suivit ensuite en Russie. Là, le meilleur moyen de faire sa cour, c'était de se comporter bravement. Gourgaud fut encore plus brave qu'à l'ordinaire. Rien de ce qu'il faisait n'était perdu. Il n'agissait que par ordre et sous les yeux de l'empereur. Tantôt l'empereur l'envoyait en reconnaissance; tantôt il lui ordonnait d'aller redresser le feu de quelque batterie. Gourgaud allait, venait, se multipliait. Il était au passage du Niémen, il était aux combats d'Ostrowno et de Witebsk ; il fut blessé à la prise de Smolensk. Il paya de sa personne à l'affaire de Valentina et à la grande bataille de Borodino (le 7 septembre 1812). A Moscou, il devança l'armée et se rendit au Kremlin, en parlementaire, n'ayant pour escorte qu'un interprète, M. de Noillant. Quelques paysans s'y étaient réfugiés : à la première sommation, ils mirent bas les armes. Quarante cavaliers cosaques étaient là ; ils ne songèrent point à se défendre. Gourgaud les envoya, tout montés et tout équipés, au camp de l'empereur. Cependant le comte Rostopchin, gouverneur de Moscou, avait, en s'éloignant, mis le feu en divers endroits de la ville et du Kremlin, lequel est, comme on sait, un immense quartier, plein d'églises et de palais, au centre duquel s'élève la citadelle. Dans un de ces édifices était caché un dépôt de poudre, du poids énorme de quatre cent mille livres : l'incendie, en se propageant, devait allumer cette poudrière, et ensevelir sous les ruines du quartier le conquérant et une partie de son armée. Gourgaud eut le bonheur d'éventer la mine assez tôt pour en empêcher l'explosion. Il fut, en récompense, nommé baron de l'empire. Il rendit d'autres services pendant la retraite. On le vit, par exemple, se jeter à cheval dans les eaux de la Bérésina, et traverser le fleuve, non pour assurer son propre salut, mais pour aller reconnaître sur la rive opposée les endroits où l'on pouvait appuyer les ponts destinés au passage de l'armée. Napoléon, de retour à Paris après cette fatale expédition, nomma Gourgaud son premier officier d'ordonnance, titre nouveau créé pour lui, tous les officiers d'ordonnance ayant servi jusque-là sur un pied d'égalité. Gourgaud le suivit en Saxe. Il était à ses côtés à Lutzen, à Bautzen, à Wurschen (mai 1813). Après l'armistice conclu, le 4 juin, à Plesswitz, en Silésie, il eut à inspecter le matériel d'artillerie, tant celui des forteresses que celui des corps d'armée, et fit exécuter çà et là quelques changements prescrits par l'empereur dans la distribution des bouches à feu. A la reprise des hostilités, Napoléon, prêt à marcher sur Kœnigsberg, reçut de Gourgaud (le 24 août) des informations qui le décidèrent inopinément à prendre une autre route. Il se porta sur Dresde, où Moreau arrivait de son côté, pour se mettre à la tête des armées alliées. La bataille fut livrée le 26, et recommença le lendemain. Ce fut une victoire, mais coûteuse, et de celles qui épuisent le vainqueur sans abattre l'ennemi. Gourgaud n'en reçut pas moins, pour l'avis qu'il avait donné, une dotation de six mille francs de rente, avec la croix d'officier de la Légion d'honneur. Il assistait, peu de temps après (19 octobre), à l'horrible bataille de Leipsick ; et pendant que l'armée française effectuait sa retraite, laissant sur le carreau plus de 50,000 des siens, il resta au pont de Freyberg, avec ordre de le détruire à la fin du jour, afin d'arrêter l'ennemi sur l'autre rive. Mais l'ennemi ne se présentant pas, et des blessés , des traînants, arrivant à la file pendant toute la nuit, Gourgaud différa d'heure en heure, jusqu'au lendemain, l'exécution de ses ordres, et sauva ainsi non-seulement quelques fuyards, mais le corps d'armée du maréchal Oudinot, ou du moins tout ce qui en restait. Revenu à Paris, il concourut de son mieux, dans sa sphère, aux préparatifs de la campagne de France. De victoire en victoire, c'est là qu'on en était venu à se battre pour ses propres foyers. Au début de la campagne, Napoléon faillit périr de la main d'un Cosaque. C'était à Brienne, dans la soirée du 29 mars : Gourgaud vit le danger, fit feu sur le Cosaque, et le tua roide. Napoléon lui marqua sa reconnaissance par le don d'une épée ; mais c'était de l'épée qu'il portait à Lodi, à Montenotte, à Rivoli, au temps de sa jeunesse et de sa gloire la plus pure. Le 10 février, Gourgaud était encore près de son maître à Champ-Aubert, et le lendemain à Montmirail, où il reçut une blessure. II remonta bientôt à cheval; et le 17, à Nangis, il était à son poste. A quelques jours de là, le 10 mars, on le retrouve à Laon, et son nom figure au bulletin de la journée. Le 13, devant Reims, c'est lui qui, avec deux bataillons et une batterie d'artillerie, enfonce les portes de la ville, barricadées par les Russes. Cette affaire lui valut le grade de colonel d'artillerie; mais il ne quitta point la personne de l'empereur. Il le suivit à Arcis et à St-Dizier, et de St-Dizier revint en poste avec lui sur la capitale. Ils avaient beau se hâter, les événements marchaient plus vite encore. A quatre lieues de Paris, :ils apprirent la bataille de Paris, la capitulation, l'entrée des alliés, la conduite du sénat, la formation d'un gouvernement provisoire. Napoléon, étourdi de ces nouvelles, se retira à Fontainebleau, puis envoya Gourgaud aux informations. Gourgaud lui apprit, à son retour, la convention de Chevilly, entre Marmont et le prince de Schwartzenberg (5 avril 1814). 11 n'y avait plus qu'à se résigner. Le même jour s'ouvrirent à Fontainebleau les conférences relatives à l'abdication. Cet acte ne fut signé que le 11 avril, et Napoléon partit le 20. Gourgaud ne le suivit pas à l'Ile d'Elbe; il s'empressa au contraire de venir à Paris et d'offrir ses services au gouvernement royal. Si les Bourbons ont fait des fautes en 1814, on ne peut, du moins, sans injustice, les accuser d'avoir repoussé alors les hommes de l'empire. Ils étaient partout; ils avaient dans leurs mains l'administration et l'armée. Gourgaud, un des serviteurs personnels de Napoléon, fut aussi bien accueilli que les autres. On le nomma, pour sa part, chef d'état-major de la première division militaire, et chevalier de St-Louis. Ne sut-il rien des projets de l'Ile d'Elbe ? Fut-il en effet aussi étonné qu'il feignit de l'être à la nouvelle du débarquement de Cannes ? Bien des gens en ont douté. Ce qui est certain, c'est qu'il ne tenait pas plus aux institutions de 1814 qu'il n'avait paru tenir à celles de l'empire. A peine Napoléon fut-il de retour aux Tuileries que Gourgaud reprit auprès de lui son service habituel de premier officier d'ordonnance. Il le suivit à l'armée, et fut fait à Fleurus (le 16 juin 1815) général de brigade et aide de camp de l'empereur. Bon soldat, du reste, il soutint de son mieux, à Waterloo, la fortune croulante de l'empire; et quand tout fut désespéré, il partit avec son maître, l'accompagna jusqu'à la Malmaison, et de là à Rochefort. Chargé de porter au prince régent la lettre par laquelle Napoléon lui demandait l'hospitalité sur le sol britannique, il passa sans obstacle à travers la croisière anglaise; mais arrivé à Plymouth, il lui fut interdit de débarquer. On le conduisit à Torbay. C'est là que Napoléon, qui s'était livré à la flotte anglaise, et que la flotte anglaise transportait à Ste-Hélène, c'est là, disons-nous, que Napoléon le retrouva et le choisit pour un des compagnons de son exil. Gourgaud ne resta que deux ans à Ste-Hélène. Il se plaignait du climat ; il vivait d'ailleurs en mauvaise intelligence avec quelques-uns des derniers amis de l'empereur. Il revint en Europe en 1817, et s'établit d'abord en Angleterre. Il y publia une Relation de la bataille de Waterloo, ouvrage rédigé à Ste-Hélène. L'année suivante , il prit sur lui d'écrire à l'empereur de Russie et à l'empereur d'Autriche, et essaya de les intéresser aux malheurs de Napoléon. Il écrivit dans le même sens à l'archiduchesse de Parme, Marie-Louise, mère du duc de Reischstadt : on ne lui répondit pas. Il fut, quelque temps après, expulsé d'Angleterre, nous ne saurions dire pourquoi. Il a prétendu que le gouvernement anglais le persécutait à cause de l'ouvrage qu'il avait publié, plus d'un an auparavant, sur l'affaire de Waterloo. L'explication est peu vraisemblable. Les Anglais ont leurs défauts, et il est bien permis de ne pas les aimer. Mais ils racontent la bataille de Waterloo à leur manière et nous laissent libres de la raconter autrement. Ils ont des écrivains pour nous répondre, et ils laissent vivre en paix, au milieu d'eux, des gens qui publient des ouvrages beaucoup plus dangereux, à tous égards, qu'un récit de bataille qui, s'il tend à diminuer la gloire de leur triomphe, ne leur en ôte point le profit. Il n'en est pas moins vrai que Gourgaud fut embarqué d'une manière assez brutale et jeté sur le continent, à Cuxhaven, près de Hambourg. Il sollicita la permission de rentrer en France ; elle lui fut refusée. Il engagea sa vieille mère à s'adresser à la chambre des députés pour obtenir son rappel. Le baron Pasquier, alors ministre des affaires étrangères, lui envoya enfin un passeport. Gourgaud rentra en France le 20 mars 1821, environ un mois avant la mort de Napoléon. La restauration n'eut pas pour lui la même considération que pour le général Bertrand. Bertrand, qui avait suivi Napoléon à l'Ile d'Elbe et lui avait fermé les yeux à Ste-Hélène, fut, après son retour en France, réintégré dans ses grades. Il n'eût tenu qu'à lui de rentrer en activité ; il ne le voulut pas, et, dans sa position, il eut raison. Quant à Gourgaud, son nom resta rayé des cadres de l'armée. Nous notons le fait en passant ; nous n'avons pas à l'expliquer. Seulement, si l'on prétendait que le gouvernement royal le punissait de sa fidélité à l'empereur, nous dirions qu'on se trompe, et nous n'aurions pour le prouver qu'à rappeler l'exemple de Bertrand. Le baron Gourgaud n'avait pas, il est vrai, la modestie de Bertrand, et faisait assez grand bruit de sa fidélité. Dès 1821 il adressa une pétition à la chambre des députés, pour la prier d'inviter le gouvernement à réclamer de l'Angleterre, au nom de la France, les restes de l'empereur. Le colonel de Briqueville et le colonel Fabvier, tous deux connus par leur attachement à l'empire, signèrent avec lui cette pétition. Gourgaud ne perdait aucune occasion de se mettre en vue et de toutes les manières. Il vivait avec une femme excessivement riche, mais dont le mari était vivant, et son ancien collègue d'antichambre aux Tuileries ; il lui faisait, dit-on, des scènes d'Orosmane. Il l'accompagnait à la promenade et au théâtre, toujours armé d'un poignard qu'il avait probablement trouvé dans la défroque de feu sa tante, madame Paco-Vestris. L'honorable général comte Philippe de Ségur, l'un des doyens aujourd'hui de l'Académie française, ayant publié son Histoire de la campagne de Russie, Gourgaud se hâta de réclamer dans les journaux contre certains passages de cette histoire, qu'il accusait d'inexactitude. Le comte de Ségur lui répondit. Gourgaud l'appela en duel et le blessa, ce qui ne prouvait rien. Il eut, quelque temps après, un démêlé plus grave encore avec sir Walter Scott, l'illustre romancier écossais. C'était en 1827 ; Walter Scott venait de publier sa Vie de Napoléon, ouvrage partial, si l'on veut, et tout empreint des passions mal éteintes des dernières guerres, mais où l'on trouve aussi des documents neufs et d'une incontestable valeur historique. Dans cet ouvrage, Walter Scott accusait nettement le baron Gourgaud d'avoir, pendant son séjour à Ste-Hélène , trahi son maître malheureux, en révélant au gouverneur de l'île ou à ses agents les moyens que pouvait avoir Napoléon d'échapper à leur surveillance. Gourgaud crut pouvoir repousser cette imputation, en défiant sir Walter Scott ou toute autre personne de produire une lettre ou seulement, dit-il, une ligne de sa main, qui démentît ses sentiments de fidélité envers « le grand homme qui l'avait honoré de son estime et de sa familiarité, et qui lui avait continué ses bontés au delà du tombeau. » C'était mal se défendre ; car on ne l'accusait pas d'avoir communiqué par écrit avec le gouvernement anglais. L'accusation reposait sur les rapports envoyés au ministère par ses propres agents à Ste-Hélène. Les pièces officielles déposées aux archives furent produites et imprimées dans les journaux anglais. Gourgaud y répondit par une brochure dans laquelle il conteste et l'autorité, et la valeur, et le sens des témoignages invoqués contre lui. Les Anglais, à l'en croire, n'ont imaginé cette accusation que pour se disculper, aux yeux du monde, des rigueurs dont ils ont usé envers le prisonnier de Ste-Hélène. Du reste, il ne nie pas quelques-uns des propos qu'on lui prête. Mais, dit-il, tout cela se réduit à des conversations sans portée, et qui ne pouvaient avoir aucun effet. Les agents anglais se sont trompés ou ont trompé sciemment leur gouvernement. Gourgaud ne voit dans leurs rapports que « des phrases tronquées, des bavardages, des absurdités, des mystifications. « Mystifications et bavardages, soit ! Nous admettons, pour notre part, avec grand plaisir, ces explications. Gourgaud a voulu rire: il a mal pris son temps; il n'est ni prudent ni convenable de badiner en certains lieux avec certains hommes et sur certains sujets. Il l'avait oublié, c'est là son tort; mais, au moins, il n'a pas trahi son bienfaiteur. Ce qui nous le persuade plus encore que ses propres dénégations, c'est que le roi Louis-Philippe en était lui-même persuadé. Sans cela, il ne l'aurait certainement pas nommé en 1830 général de division et pair de France, et ne l'aurait pas attaché à sa personne en qualité d'aide de camp. Louis-Philippe ignorait sans doute certaines choses ; mais un pareil trait d'ingratitude, s'il eût été vrai, il ne l'eût pas ignoré. A nos yeux, cela tranche la question. Gourgaud accompagna en 1840 le prince de Joinville à Ste-Hélène. Après la révolution de 1848 il fut nommé représentant du peuple par le département des Deux-Sèvres, mais non aux premières élections. Il n'a fait partie que de l'assemblée législative, et n'y a joué qu'un rôle obscur et énigmatique. Il votait avec la majorité ; mais à quelle fraction de la majorité appartenait-il par ses opinions et ses vœux ? Nous ne le savons pas. Il était colonel de la première légion de la garde nationale de Paris. Il avait épousé en 1822 une fille du comte Rœderer. Il est mort en 1832, à 69 ans. Telle est la vie de cet homme, à qui ses relations personnelles avec l'empereur ont assuré une célébrité fort au-dessus de son mérite réel, à quelque point de vue qu'on l'envisage. Il ne manquait pas d'instruction dans son arme, il avait certainement du courage et du sang-froid; mais il n'a jamais eu l'occasion de déployer sur le champ de bataille d'autres qualités que celles qu'on exige d'un soldat. Sous ce rapport, et sous beaucoup d'autres, on peut le citer comme un échantillon assez fidèle des officiers de son âge. L'amour de la guerre, le besoin d'agir, l'envie de parvenir ; un certain dévouement à leur général, qu'ils prenaient pour du patriotisme; pas d'autre conviction politique, et sur tout le reste, nullité presque complète. Gourgaud a attaché son nom à quelques publications que nous allons mentionner, bien qu'elles ne soient pas toutes, comme on le verra, d'une égale importance. On lui doit : 1° une Relation de la campagne de 1815, ouvrage apporté de Ste-Hélène, 1817 , in-8°; 2° Pétition à MM. les membres de la chambre des députés pour demander les restes de Napoléon Bonaparte, 1821, in-8° ; 3°Mémoires pour servir à l'histoire de France, écrits à Ste-Hélène par les généraux qui ont partagé sa captivité, et publiés sur les manuscrits entièrement corrigés de la main de Napoléon, Paris, 1822-23, 8 vol. in-8°. Cette publication a été faite par Gourgaud de compte à demi avec le général Montholon. 4° Napoléon et la grande armée en Russie, ou Examen critique de l'ouvrage de M. le comte Philippe de Ségur, 1824, in-8°. La quatrième édition de cet ouvrage est de 1826, en 2 volumes in-18, et renferme des documents qui ne sont pas dans la première. 5° Lettre de sir Walter Scott, et réponse du général Gourgaud, avec notes et pièces justificatives, Paris, 1827, in-8°. C—Et. (Callet)

     

 

 

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