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Carle Vernet   1758-1836

     

  Revue étrangère de la littérature, des sciences et des arts, Tome 30, juin 1839.    
 

Début de l'article : voir Joseph Vernet.
Carle Vernet commença sa carrière d'artiste sous les plus heureux auspices. Né à Bordeaux, le 14 août 1758, au plus fort de la renommée de son père, enfant précoce par son intelligence naturelle et ses dispositions innées pour le dessin, doué d'une figure gracieuse et pétillante de vivacité, il eut de bonne heure la main exercée et l'esprit cultivé. Son père, qui le vit promettre un artiste de plus à la France, n'épargna pas les leçons personnelles et les maîtres particuliers pour le rendre à la fois bon peintre et homme instruit. Son éducation achevée, Carle Vernet partit avec Joseph pour la Suisse. Là, le père initia son fils à tous les mystères de l'art ; il lui apprit à voir, à aimer, à représenter la nature ; il lui fit comprendre et sentir toutes les magnificences de la terre, la majesté des montagnes et des lacs, les merveilles de la lumière, et ces beautés sans nombre qui naissent à chaque pas pour l'œil clairvoyant et l'âme sympathique d'un artiste ; puis il le conduisit dans la société des grands poètes, ces frères en génie des grands peintres. Il le présenta à Voltaire, à Jean-Jacques Rousseau, à Gessner ; enfin il le fit converser avec Lavater, qui lui enseigna sans doute à lire dans ce livre éternel où le vice se rencontre avec la vertu, où toutes les passions sont exprimées si vivement, la physionomie humaine. A son retour à Paris, Carle Vernet, élève distingué, concourut pour le grand prix de Rome. A son premier concours, il obtint le second grand prix ; deux ans après, en 1782, sa composition de l'Enfant prodigue, traitée d'une façon tout à la fois naïve et dramatique, lui valut la couronne, et il partit pour l'Italie, lauréat d'autant plus intéressant qu'il n'était encore âgé que de vingt-quatre ans, et qu'il avait donné des preuves d'un talent déjà mûr. A cette époque, toutes les espérances que Carle avait fait concevoir faillirent avorter. Deux influences funestes agirent tour à tour sur son esprit, troublèrent son imagination, paralysèrent pour un temps ses facultés, l'influence de l'amour et celle de la religion. S'étant épris à Paris d'une demoiselle de Monbar, fille d'un commissaire des guerres, il s'était cru la force de dompter sa passion, et, contrairement à toutes les prévisions paternelles, l'éloignement, loin de détruire son amour, n'avait fait que l'augmenter. Arrivé à Rome, au lieu de chercher des consolations dans l'étude, il les demanda à la religion : il fréquentait les églises plutôt que les ateliers ; il priait quand il aurait dû travailler ; et, pour son malheur il rencontra des fanatiques qui cherchèrent à le dégoûter du monde et de l'art, et le poussèrent à entrer au couvent. Il fallut toute l'autorité que son père avait encore sur lui pour le faire revenir en France, où son confesseur eut le bon esprit de lui conseiller de reprendre les pinceaux, et de devenir peintre célèbre plutôt que moine ignoré. Ce fut alors que, persuadé par les exhortations de ce bon prêtre, et par les encouragements de son père, il entreprit un grand ouvrage, le Triomphe de Paul-Emile. Dans ce premier tableau important se trouvent toutes les qualités qui brillèrent depuis dans les compositions successives de Carle : une sage ordonnance, un dessin correct, un coloris, sinon vif, du moins harmonieux, et surtout un mérite spécial, celui de peindre parfaitement les chevaux. Ce dernier mérite, que les détracteurs de Carle Vernet, ainsi que toute l'école de l'empire, sont forcés de lui accorder, n'est pas aussi mince qu'on peut croire. L'anatomie du cheval est assez compliquée, les races en sont nombreuses et diversement caractérisées, les mœurs enfin de ce superbe animal offrent mille particularités qui doivent être l'objet de travaux sérieux pour ceux qui le représentent. Carle Vernet avait une passion pour les chevaux ; on le voyait sans cesse étudier tout ce qui se rattachait à eux dans la pratique comme dans la tradition. Aussi, dans la collection de ses œuvres, pouvez-vous trouver toutes les espèces de l'animal qu'il choyait, depuis le cheval sauvage de l'Amérique du sud, à la crinière inculte, à la robe fauve et déchirée, aux pieds poudreux, jusqu'à l'alezan coquet, une ferronnière au front, un collier au cou, une rose à l'oreille. Et puis, s'il veut peindre des chevaux antiques, ce sont de vigoureuses encolures, des jambes pleines de force, des croupes rebondies, de larges fronts, de grands yeux ; si au contraire il nous montre une scène moderne, la race est sinon abâtardie, du moins dépourvue de ce grandiose qu'on rencontre dans les bas-reliefs du Panthéon. Partout Carle Vernet a su varier les allures, les poses, la tournure du cheval ; il le peint avec autant de perfection dans l'action que dans le repos, au combat qu'à la parade. Sa réputation de premier peintre de chevaux fut faite dès l'exposition de son triomphe de Paul-Emile. De toutes parts on lui commanda, soit des chasses, soit des batailles de cavalerie. Il obtint dès lors une réputation si universelle, et des succès si nombreux, qu'on l'appela au sein de l'Académie de peinture. C'était en 1788, une année après son mariage avec mademoiselle Moreau. Durant les premières années de la révolution, Carle Vernet, qui était devenu un homme à la mode, s'abandonna quelque peu à la paresse, et négligea l'art pour de futiles succès de société. Il composa cependant deux tableaux de grande dimension : la Mort d'Hippolyte et une Course en char. Les chevaux, dans ces deux ouvrages, sont parfaitement rendus, particulièrement dans la Mort d'Hippolyte, où ils ont brisé leurs rênes, et s'emportent vers d'affreux rochers ; nous regrettons seulement que l'homme ne soit pas aussi beau que ses vainqueurs. En 1793, une grande douleur vint interrompre la vie, si heureuse jusque là, de Carle Vernet : il eut le malheur de voir sa sœur aînée, madame Chalgrin, femme de l'architecte qui composa les dessins de l'arc de l'Etoile, monter sur l'échafaud révolutionnaire ; elle avait été, comme tant d'autres, victime des soupçons injustes de Robespierre qui l'accusait d'être dépositaire d'une correspondance avec les princes émigrés. Ce terrible événement écarta pour quelque temps Carle Vernet de la capitale. Il n'y revint guère que vers l'époque du directoire, et ce ne fut que sous le consulat, que Lucien Bonaparte, alors ministre de l'intérieur, le fit travailler pour le gouvernement. La Bataille de Marengo, qui devait être le chef-d'œuvre de Carle Vernet, lui fut alors commandée. Carle Vernet comprit toute l'importance de cette commande ; il voulut aller sur les lieux témoins de ce grand fait militaire ; il consulta Kellermann, et les généraux Dupont et Boudet, héros de cette journée : mais les héros ne s'entendirent pas sur la part que chacun avait prise à la victoire ; il s'ensuivit des contradictions si fortes que Carle Vernet renonça à son tableau. Plus tard, heureusement, il l'exécuta sans avoir recours à des conseils intéressés, et sa composition y gagna en verve et en franchise, sinon en vérité. Ce tableau, nous le répétons, est l'œuvre capitale de Carle Vernet. L'exécution est plus soignée, plus pure que dans ses précédents ouvrages ; les détails sont pleins d'intérêt sans faire tort à l'ensemble ; enfin la charge de cavalerie qui décida la victoire est rendue avec une fougue, une clarté et une perfection que seul il pouvait atteindre. En 1808, un tableau plein de talent, valut à Carle Vernet la croix de la Légion-d'Honneur. Napoléon la lui remit en lui disant : « M. Vernet, vous êtes ici comme Bayard, sans peur et sans reproche.Tenez, voilà comme je récompense le mérite. » L'impératrice Joséphine ajouta à ces mots flatteurs : « Ce sont deux croix en une ; il est des hommes qui traînent un grand nom, vous, M. Vernet, vous portez le vôtre. » Pendant le reste de l'empire, et sous la restauration, Carle Vernet n'entreprit plus de grandes pages historiques. Nonchalant par nature, comblé de tous les honneurs que peut désirer un artiste, homme du monde fort recherché, à peine trouvait-il le temps et peut-être le courage d'improviser pour chaque exposition quelques tableaux de genre, tous, il est vrai, remplis d'esprit et de facilité. Son fils d'ailleurs commençait à devenir célèbre, et il lui laissait la charge du nom de Vernet et le soin de l'illustrer encore. C'est du reste ce qui arriva, et Carle Vernet put mourir en novembre 1836, voyant déjà Horace son fils l'un des premiers peintres de l'école actuelle.
Suite de l'article : voir Horace Vernet.

 
 

 

 

 

     
 

     

 

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